Erreurs de jeunesse.

D’abord, un petit mot pour dire que la raison pourquoi les updates sont si rares ces temps-ci, c’est que je tiens à garder inédite la majorité des pages de Mes Années Requin Roll, projet de livres racontant sous forme de BD la période où j’ai été actif dans le milieu, soit de 1994 avec mon premier Requin Roll jusqu’en 2002 avec mon dernier MensuHell. (Mon dernier, et non pas le dernier qui fut publié en 2009) L’idée est exactement la même que ce BD-blog, c’est à dire y reproduire mes pages de vieux fanzines tout en racontant l’envers du décor sous forme de BD.

En relisant mes vieilles publications, j’ai constaté un truc décevant mais incontournable: Il va falloir que je censure.  Je ne parle pas des scènes de sexe explicite, des blagues de mauvais goût ou de la misogynie dont je faisais preuve dans le temps.  Quand on met en contexte et que l’on situe la chose dans une époque, tout est acceptable.  Pensez à Tintin au Congo, toujours réimprimé aujourd’hui malgré la flagrante condescendance raciste dont il fait preuve. Ou bien, plus récent, l’album La Crème de Crumb qui, bien que publié en 2012, montre allégrement sexe graphique, inceste, scatologie, bestialité, pédophilie et autres sujets qui étaient passables dans les comix underground des années 60, 70, 80 et 90.  Si ça ça passe, alors mes textes et BD de goût douteux ne devraient pas soulever de tollé.

Non, ma censure se situe à un autre niveau.  C’est au fait que ma stupidité d’antan puisse encore porter préjudice à autrui aujourd’hui.  Un exemple parmi tant d’autres: Cette scène tirée de ma BD autobiographique The Day I Met Leanne, publiée originalement en 1998.

Une simple conversation banale dans lequel quelqu’un en descend un autre, comme ça, pour jaser, juste pour rire, sans pour autant être haineux ni hypocrite.  Tout le monde fait ça. On en rit sur le coup, ensuite on oublie ça.  Personne n’en tient rigueur à personne.   Y’a rien là!  Et c’est justement parce que y’a rien là et que c’est drôle que j’ai décidé d’inclure cette anecdote dans mon comic.  C’était sans malice de ma part, mais ça n’en demeurait pas moins stupide.  Parce que dans ce comic qui fut le second meilleur vendeur de toute ma carrière, j’y montre un vrai collègue, avec son vrai look, avec son vrai nom, en citant ses vraies séries de BD, qui insulte un vrai éditeur d’un vrai magazine de BD en l’appelant par son vrai nom. Ce qui aurait dû rester une simple remarque sans importance entre trois ou quatre personnes était maintenant imprimé et fut vendu à 300-350 exemplaires.

Je n’ai jamais su si le gars en question avait eu des comeback négatifs à ce sujet.  N’empêche! Et même si tout le monde prenait cette page pour ce qu’elle était vraiment, c’est à dire un hommage à un gars que je trouvais rigolo autant dans ses BD que dans sa personnalité, il reste que je termine la page en insultant moi-même le reste de la communauté en disant qu’ils sont majoritairement une bande de crétins à lunettes.  Une gang de twits-à-barnicks, pour reprendre l’expression dans son québéquisme original.  Je crois que la raison pour laquelle on ne m’en a (presque) pas tenu rigueur, c’est que pour le reste de ce comic, je ne suis pas tendre à mon propre sujet non plus.  Je m’y décris comme étant un wannabe-manipulateur imbu de lui-même, me branlant de ma propre intelligence sans jamais remettre en question le winner que je crois être.  Ça commence avec cette scène, lorsque je constate la présence de Leanne Franson, à ce moment-là auteure d’une série de BD autobiographique nommée Liliane.


Jusqu’au moment ou une phrase prétentieuse de trop fait tomber le premier domino d’une série de constats embarrassants dont je n’arrive juste pas à me tirer.




Même si je m’y fais mal paraitre en situation, je me dessine comme étant pas mal plus beau que je l’étais en réalité, tandis que je n’hésite pas à défigurer caricaturalement mes collègues.  Parlez-moi d’une vraie fausse modestie. Comme si ça ne suffisait pas, dans l’éditorial que je ne reproduirai pas ici, j’exprime en sous-entendu que j’aurais bien aimé coucher avec elle.  Woupelaïlle! 

Malgré tout ça, incluant le fait que je ne lui ai jamais demandé la permission pour faire d’elle le sujet de ce comic, Leanne a eu la gentillesse de bien prendre mes conneries avec tolérance et grâce. Pour ce, je la remercie et lui fais mes excuses tardives. 

J’en aurai au moins tiré quelques leçons afin de ne plus faire ces erreurs.  Voilà pourquoi, pour le projet Mes Années Requin Roll, je ne prends plus de libertés au sujet des autres.  Désormais, si je veux faire apparaître un bédéiste ou des extraits de ses BD dans mes pages, je le contacte pour sa permission, en lui donnant droit de révision avant publication. J’ai déjà l’accord de Marc Jetté et Diane Obomsawin alias Obom, et j’en contacte d’autres avec qui j’ai collaboré dans le temps.

En espérant que les vingt ans qui se sont écoulées feront qu’ils ne m’en veulent plus trop pour ces erreurs de jeunesse.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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