La Saga de Sonic Steve, chapitre 3: Les premiers problèmes.

Printemps 1990. Malgré la page de reprise-de-Schlingo dessinée pour rien, le projet d’album va de bon train. Et afin de mieux le visualiser, j’en fais déjà la couverture :

À part cette petite incongruité au niveau du manche du case de guitare et du genou du skinhead qui y pique de l’argent, j’en suis bien satisfait. En plus d’être le titre de l’album, Les Dangers du Rock est également celui d’une BD de six pages.  Voici ce que j’ai eu le temps d’en faire.


Car oui, tel que vu en couverture, un running gag de la série était que Steve avait souvent maille à partir avec la bande de skinheads du quartier.

La page 3 le montre se lever en retard, rater le déjeuner, rater le bus, courir jusqu’à l’école et y arriver trop tard pour aller au premier cours.  Il se rend au second qui est Science Capote, ou tout simplement Capote (Surnoms réel que l’on donnait à Sciences Religieuses dans mon coin de pays dans les années 80) Il trouve le cours ennuyant, il met discrètement ses écouteurs de walkman sur ses oreilles pour écouter du Pink Floyd, et il s’endort à cause que son jeûne et sa course l’ont déjà épuisé. Il rêve pendant Another Brick in the Wall, et…

Page 5: Au concert des Vaches Enragées, Jack Knife, le chef des Skins, y reconnaitrait Steve et tente de lui envoyer un direct sur la gueule.  Steve esquive et le coup atterrit derrière la tête de Tommy Lobo, le chef des Hell’s Dentists.  S’en suit bagarre générale, intervention policière…

Page 6: … qui met Steve en cellule.  Sa mère vient lui dire qu’il se mériterait 57 douzaines de claques s’a yeule pour avoir provoqué une émeute.  Steve, bien à l’abri derrière les barreaux, la nargue en lui disant « Pfff! Vient me les donner! »  La mère se retourne vers les policiers en disant « Je paye sa caution! »  Punch final: Dans la chambre de Steve, ce dernier est couvert de bandages et de plâtres.  Sam est surpris de voir que Steve n’écoute plus que Mozart, Bach et Tchaïkovski parce que c’est moins dangereux que le Rock.  Quelle chute désopilante!

Bien que j’y consacre tout mon temps libre, mon rythme de production se voit diminué à cause de quelques événements, soit :

Février 1990.  J’aménage avec ma blonde, devenant du coup Montréalais.  Artiste chez des gens qui ne l’ont jamais été, il est quelque peu difficile de continuer ma BD sur la table de leur cuisine.

Mai 1990.  Je réponds à une petite annonce.  Un bar-terrasse nommé Alcatraz situé aux coin de Berri et Saint-Hubert.  Ils cherchent des dessinateurs pour offrir aux clients un service de caricaturistes, et pour animer les soirées BD en direct les mercredis.  J’y répond et je suis immédiatement pris.  Ça me rapporte pas mal d’argent.  Hélas, à y passer mes journées, je n’ai plus vraiment de temps à mettre dans les BD pour mon projet d’album.

Juin 1990.  Un autre dessinateur vient nous rejoindre.  Il se nomme Éric et vient de terminer le Cégep du Vieux Montréal.  Il y avait fondé un journal de BD nommé Zonar.  Il y a eu trois numéros de publiés au cégep, et il cherche à le continuer de façon indépendante.  Il me propose une collaboration.  J’accepte.  Histoire de m’encourager moi-même à continuer ma production de Sonic Steve, je lui refile À Quoi Servent les Amis et Dossier Véliplanchismologie. Éric les accepte mais avec une certaine réticence. Il trouve que mon texte et mes dessins font un peu trop Archie, donc que ça ne fait pas assez underground.  Il les prend tout de même car il a quelques difficultés à remplir les pages de Zonar. Il y met cependant une condition: Je dois y mettre de la trame d’au moins 25% de gris parce mes pages sont trop pâles .  J’hésite puisque mon but est de mettre éventuellement mes pages en couleur, mais je finis par me laisser convaincre.  Par pure stupidité, je ne pense même pas à faire des photocopies de mes pages avant de les tramer, et je pose le gris directement sur mes originaux.

Étrangement, malgré ses réticences sur mon style, il me propose de faire également la couverture.  Je lui en fais une dans le thème des vacances d’été.

Juillet + août 1990.  Des remises de planches en retard et des difficultés financières retardent la sortie de Zonar.

Septembre 1990.  Zonar no.4 sort enfin.  Ma couverture de vacances d’été étant maintenant dépassée, c’est Alexandre Lafleur qui nous a concocté une couverture d’enfer.

Parallèlement à Sonic Steve, j’avais fait des gags en strips dans lequel son ami Sam avait invité une fille pour un tour de bateau.  La série avait dix strips.  Pour une raison inexpliquée, Éric ne publiera que la 3e, après l’avoir remontée en colonne.

Puis, je passe chez Éric pour récupérer mes pages originales.  C’est là qu’il m’apprend quelque chose d’embarrassant pour lui et de catastrophique pour moi:  Mes originaux ont été perdus.  Les cinq pages, tout comme les dix strips.  Mieux encore: Je suis le seul de tous les collaborateurs de Zonar à qui c’est arrivé.  Non seulement ne reverrais-je plus jamais le 9/10e de mes strips, je ne peux même pas utiliser les pages du magazine pour mon album puisque l’imprimeur a rendu trop foncée la trame de gris, la faisant baver par endroits.  Ce sont ces pages publiées que j’ai scannées pour vous les montrer dans le billet précédent, d’où la mention Zonar en bas des pages.

Jusque là, ma production sonicstevesque était:

  • 5 pages avec Succès Fou.
  • 2 pages avec À Quoi Servent les Amis!?
  • 3 pages avec Dossier Véliplanchismologie.
  • 3 pages de gags en strips
  • 1 page avec Sonic Steve et sa Guitare
  • 3 pages avec Les Dangers du Rock
  • 1 page avec La Guitare.
  • 2 pages avec Le Paper-Clip
  • 1 page avec Variation sur un Conte de Fées Plus ou Moins Classique

Pour un total de 21 pages, soit presque la moitié de ce que ça prend pour faire un album.  Or, de cette liste…:

  • Les 5 pages de Succès Fou sont inutilisable parce que trop adulte.
  • Les 2 pages de À Quoi Servent les Amis!? sont perdues.
  • Les 3 pages de Dossier Véliplanchismologie sont perdues.
  • Les 3 pages de gags en strips sont perdues.
  • Quant à la page Sonic Steve et sa Guitare, sans l’accord de Charlie Schlingo, je ne peux rien en faire.

Ça me fait donc 14 pages sur 21 sur lesquelles j’ai travaillé pour rien.  Mieux encore: Avec les trois pages de Les dangers du Rock qui ne serviront à rien tant que je n’aurai pas achevé les trois autres, il me me reste plus que quatre pages de prêtes avec La Guitare, Le Paper-Clip et Variation sur un Conte de Fées Plus ou Moins Classique.  Quatre pages sur vingt-et-unes, après deux ans de travail.  C’est à se flinguer!

Je termine l’année 1990 en essayant une dernière fois de refaire des strips.  Dans les trois seuls que je ferai, je m’essaye avec des gags un peu plus absurdes ou ésotérique.  Finalement, je ne les sens pas trop, surtout que je commettrai plusieurs maladresses lors de l’encrage, ce qui fait que je ne terminerai même pas le second.


Et le seul strip à la fois drôle et bien dessiné de la série, le 3e, disparaîtra au printemps de 1991 après que je l’enverrai à Safarir à l’occasion d’un de leurs concours de BD amateur annoncé dans leur no.35. J’en avais bien fait une photocopie, mais la première image sera mâchouillée par mon premier bébé qui mettra la main dessus en 1994, et ensuite je l’ai définitivement perdue. Voilà pourquoi je ne peux que vous scanner cette version post-mâchouille pré-perte que j’avais publiée dans cette page de Requin Roll no.2:

Je serai le seul à remporter une 3e place.  Je m’explique: Ce concours avait trois catégories:

  1. 12-15 ans.
  2. 15-18 ans.
  3. 18 ans et plus.

Chaque catégorie ne récompense que les premières et secondes places.  Or, dans la mienne, il y a mention d’un 3e prix, que je remporte.  Le rédac-chef de Saf m’expliqueras en ces termes pourquoi une exception a été faite dans mon cas: « Le gag est excellent, alors on ne pouvait pas éliminer ton strip.  Par contre, le style de dessin n’est pas assez caricatural, pas assez drôle.  On dirait du Archie!  C’est pour ça qu’on ne pouvait te donner ni la première ni la seconde place.  Alors on en a fait une 3e pour toi, juste pour ton texte. »  Puisqu’ils n’ont publié que les premières places de chaque catégories, seul mon nom apparait tout en bas de la page des lauréats de Safarir no.38, narguant mes espoirs de m’y voir publié.

Devant ces nouvelles manifestations de négativité qui s’acharnent sur la série (dans ce cas-ci: Perte du strip + témoignage comme quoi mon dessin est à chier), j’abandonne Sonic Steve.  Je crois d’abord que c’est définitif, mais en fait ça ne durera que cinq ans.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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Un commentaire pour La Saga de Sonic Steve, chapitre 3: Les premiers problèmes.

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